Du mal de l’ailleurs

Bonjour à tous!

Dans mon premier article, je voudrais vous parler d’un concept un peu particulier qui guide mes pas depuis de nombreuses années. C’est d’ailleurs lui qui m’a amenée chez Diction. J’ai nommé le mal de l’ailleurs.

Ce mal, ou ce besoin incessant de toujours explorer de nouveaux horizons, je l’ai toujours ressenti, aussi loin que je me souvienne. Je rêvais en écoutant les récits de vacances de mes amies ou en lisant des romans dont l’intrigue avait lieu aux quatre coins du monde. Pourtant, jusqu’à ce que je découvre qu’en allemand, il avait un nom, je n’avais jamais pensé à désigner ce sentiment. Je disais souvent avoir envie de voyager, envie de découvrir de nouveaux pays. En réalité, il s’agissait, et il s’agit toujours, de bien plus qu’une simple envie.

On dit souvent qu’une langue reflète la manière de penser de ses locuteurs. Je me souviendrai toujours de l’exemple pris par mon professeur d’allemand lors de ma semaine d’intégration Erasmus, à Münster en Westphalie: les Latins (notamment les Italiens et les Espagnols, pour ne pas les nommer) ont la réputation d’avoir un fort caractère qui aurait tendance à s’exprimer bruyamment, tandis que les Allemands seraient froids et réservés. Oui, mais et si cela était lié à leur langue? Quand l’information importante (le verbe) est placée en début de phrase, le reste est accessoire; on peut laisser libre cours à ses émotions, s’interrompre ou crier à ne plus s’entendre. Lorsqu’on est obligé d’attendre la fin de la phrase pour savoir de quoi il retourne, en revanche, il faut bien rester calme jusqu’au bout. Ce professeur avait-il raison?

On entend parfois dire des Français qu’ils sont plutôt casaniers, qu’ils préfèrent passer leurs vacances dans leur propre pays, puisqu’ils y ont déjà tout ce que l’on peut désirer. Serait-ce vrai? L’absence de mot ou d’expression figée pour ce que j’appelle «le mal de l’ailleurs» en serait-elle la preuve? Le mal du pays, oui ; le mal de l’ailleurs, pas vraiment? En allemand, le Heimweh (mal du pays) a bel et bien son contraire officiel: le Fernweh, de fern (lointain) et weh (mal). Un mot qui fait partie du vocabulaire courant et qui est devenu l’un de mes préférés. Les Anglais, quant à eux, s’ils n’ont pas le mal de l’ailleurs, ont les pieds qui démangent (itchy feet), expression que je trouve très jolie et sympathique, ou la wanderlust, mot emprunté à l’allemand (ce dernier est décidément calé en la matière) et qui désigne également l’envie (Lust) de voyager (wandern signifiant au sens propre randonner).

En tout cas, qu’il ait un nom ou pas dans votre langue maternelle, si comme moi vous avez régulièrement le Fernweh et aimez les carnets de voyage, vous pourrez vous évader un peu avec les extraits de «livres de matière» de Willy Puchner, réalisés au cours de ses nombreux voyages et présentés dans le livre Illustriertes Fernweh (éditions Frederking & Thaler). Comme le dit l’artiste, les vrais voyages ont lieu dans l’esprit: ils sont faits des préparatifs et de la joie à l’idée de partir puis, au retour, des souvenirs que l’on ramène avec soi. Il serait donc possible, en théorie, de voyager sans fin.

De mon côté, et après une attente plus longue que prévue, je vais bientôt m’envoler pour Vancouver afin d’y soutenir l’équipe française de Diction. N’ayant encore jamais posé un pied sur le sol canadien, je devrais y trouver de quoi calmer mon mal de l’ailleurs pour un moment… ou de quoi l’attiser encore. ;-)

Virginie Pironin